A la bibliothèque Jean Macé – 2 rue Domer – Lyon 7è
On découvrait avec bonheur la voix singulière de Gilles Marchand en littérature, il y a dix ans, avec Une bouche sans personne. Déjà l’on remarquait sa discrète extravagance, la fantaisie franche de ses personnages, la poésie décalée des histoires contées. Et puis déjà il y avait l’amour, l’amour merveilleux, l’amour impossible, celui qu’on ne sait pas vivre, celui qu’on craint une existence durant ou dont on loupe le coche tout bêtement. Quelques livres plus tard, c’est la période de la Grande Guerre qui lui permettait de continuer son exploration de l’expérience humaine. Pour Le Soldat désaccordé, la langue empruntait au vocabulaire d’un autre temps, le style allait chercher dans les vibrations d’une autre époque, mais ça sonnait familier à nos oreilles de modernes.
Dans Les Promesses orphelines, Gilles Marchand enrichit ses accords et on se dit qu’on a de la chance : cette fois-ci il s’agit de la vie ordinaire du jeune Gino qui dans le fin fond de l’Orléanais se nourrit des grands rêves des Trente Glorieuses, la construction des téléphériques et le projet de l’Aérotrain, regarde les auto-tamponneuses à la fête du village, écoute son copain lui expliquer le remembrement des terres, et surtout attend le retour de Roxane…
Gilles Marchand affirme avec ce nouveau roman un ton bien à lui, un regard tendre sur des vies minuscules dont il explore avec amusement la singularité et le morceau d’Histoire qui les concerne. Décidément, lire les romans de Gilles Marchand procure un enchantement.