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A l'occasion de l'anniversaire de la librairie en 2019, nous avons édité et offert un livre de souvenirs. Voici donc les meilleurs moments de rencontres de nos dix premières années...

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Maïssa Bey – Nulle autre voix – L’Aube

4 octobre 2018

Je peux dire que j’ai rêvé longtemps de cette rencontre avant qu’elle ne se réalise. Je tiens, comme beaucoup d’autres, Maïssa Bey comme l’une des voix les plus importantes de la littérature algérienne, tant par son regard sur l’Histoire que sur celui qu’elle porte sur la condition féminine, sur les chemins de la transgression et de l’insubordination. C’est évidemment par la complexité face à la possibilité d’expression que les romans de Maïssa Bey ont une couleur particulière. Elle partage cette tonalité avec ses consœurs comme Assia Djebbar, Leila Sebbar ou Nina Bouraoui. Pour moi, si le « choc » de la découverte s’est opéré avec Entendez-vous dans les montagnes (2002), le désir d’une rencontre s’est concrétisé avec Hizya (2015) mais il faudra attendre encore trois ans et la publication de Nulle autre voix pour lui faire traverser la Méditerranée. C’est d’ailleurs une chance car ses deux derniers romans sont, pour moi, liés et explorent des thèmes similaires en les plaçant dans des personnages et des contextes assez différents. Hizya raconte l’enquête qu’une jeune femme mène autour de la part de compromission qu’il y a dans les histoires d’amour des femmes de son entourage. Nulle autre voix met en scène une femme plus âgée, sortant de quinze ans de prison après avoir assassiné son mari, et s’infligeant une réclusion supplémentaire en se cloîtrant chez elle. Jusqu’à ce qu’une autre femme, soi-disant écrivaine, vienne s’intéresser à elle pour le bien d’une enquête à propos des criminelles.

Le « moteur » des histoires que raconte Maïssa Bey tient peut-être en cette citation à propos des violences sourdes que subissent les femmes dans la société : « Rupture du silence imposé, désir de se défaire du poids d’une identité elle aussi imposée par toutes sortes de contraintes morales et religieuses car cela est très imbriqué chez nous. » Et ce qui sidère chez elle c’est la façon dont elle analyse cette imbrication avec nuance et lucidité, cherchant à faire bouger les lignes en rendant ces contraintes complexes intelligibles. La part que peut prendre alors la littérature dans les évolutions sociales prend tout son sens. Mais il y a aussi, beaucoup plus rare chez les auteurs rencontrés, une double appartenance liée au fait de rendre ses textes à deux éditeurs différents, l’un algérien, l’autre français, et donc d’enrichir son travail par deux regards culturellement différents. Pour tous ses livres, explique-t-elle, elle a imposé qu’une seule version définitive soit publiée chez les deux éditeurs, donc lue par les lecteurs des deux pays de la même façon.

Une grande humilité, doublée d’une immense reconnaissance pour ses lecteurs et lectrices, auront marqué sa venue à la librairie. Envie de renouveler l’expérience autant de fois que l’occasion se présentera.

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